Destination Fantasy : notre collection numérique dédiée à la Fantasy

Littérature (très) savante

04 Avr 2019 19:08 #111 par captainmarlowe
Je me suis empoisonné à cent sous de l'heure en lisant Balzac au collège, mais le père Goriot relu 25 ans plus tard, ce n'est vraiment pas la même chose. Du coup, je me suis récupéré toute la comédie humaine, ça va me faire de l'occupation.
(Dans un style différent, c'est un peu comme Saint-Exupéry : chaque fois que je relis citadelle, je me dis que je n'avais rien compris du tout la fois d'avant). :)

Il y a une collectivité nerveuse dans mon crâne.

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04 Avr 2019 20:20 #112 par Jeb
Tiens, j'ai pas mal repris Saint-Ex, dernièrement, mais pas Citadelle. C'est une idée !

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05 Avr 2019 12:55 #113 par Jeb
Bonus DVD !

Voici les deux premiers paragraphes de mon immense roman de Vraie Littérature. Je ne dis pas que j'écris bien d'ordinaire, mais là, vous verrez qu'on vole bas. Vous verrez aussi que j'ai échoué à imiter vraiment les Auteurs Importants, comme je vous le prouverai ensuite avec deux/trois "à la manière de" reprenant les mêmes paragraphes, mais "comme il faut" (soyez indulgents, j'ai bâclé ça pendant le sandwich, les clients sont sur les dents...)

Votre serviteur

Demain, c’était juin ; pourtant il faisait presque froid et la lumière perçait mal le matin gris. Le soleil surplombait déjà les immeubles, mais terne, mat, étouffé par la brume, il était du jaune pâle des œufs trop cuits.
Au fond, c’était mieux : les enfants étaient à l’école, les étudiants répartis dans les cafés et les amphis, les adultes pressaient le pas. Le square était presque désert, or Stéphane n’avait jamais retrouvé le goût des foules. Il attendait donc tranquillement sur son banc de pierre, pas vraiment anxieux, la tête trop vide pour s’inquiéter, et il expirait lentement pour voir se disperser devant lui son souffle blanc, les mains dans les poches de son blouson, un peu voûté pour rentrer le cou dans le col relevé. Une attitude de gosse, peut-être, mais personne ne s’y serait trompé : c’était un homme jeune, sportif, solide, pas un adolescent. Ses cheveux courts ne bouclaient plus, trois jours de poils durs durcissaient ses joues et son menton.

À la manière de Pascal Quignard

Le soleil s'est levé avec le matin. Pourtant, il fait encore un peu froid.
L'homme est dans le parc. Il est assis sur un banc. Devant lui, il y a une statue de joueur de violon. Un homme passe entre les parterres d'azalées, vêtu d'un imperméable gris. Plus loin, il y a un bassin. Des gravillons l'entourent. Il y a des chaises de fer.
L'homme attend. Il ne sait pas si la personne qu'il doit voir viendra. Il regarde l'heure inscrite sur sa montre. Il recommence à attendre. Il hausse les épaules. Il n'aime pas les joueurs de violon. Il préfère la viole de gambe.

À la manière de Marie Darrieussecq

Je ne sais pas pourquoi, je me croyais en novembre, comme lorsque mon patient s'est suicidé. Ce patient, je l'appelais Machin, celui qui avait le complexe du survivant, je sais plus si je vous en ai parlé, c'était un homme qui avait fait des tas de métiers, plombier, etc. Il avait survécu à une explosion de chaudière, boum ! et il se demandait pourquoi et il voulait pas en parler. Il me disait que je parlais trop, que je jacassais.
Bref. Où j'en étais. Novembre. Non, en fait, c'était juin. Dans un parc. Un homme passait, avec ses grosses bottes en caoutchouc, plotch, plotch, sans pouvoir camoufler sa dissociation affective latente. Comme un chat que j'avais quand j'étais petite, avec une fourrure marron et blanche et un complexe d'Œdipe mal résolu. Il était à mon frère, en vrai, mais il s'en occupait pas parce qu'il préférait jouer aux jeux vidéo, pfiou, pfiou, pfiou ! Des tas de jeux différents, avec des fusils, etc. Alors c'était moi qui m'occupais de Poucette (elle s'appelait Poucette, mais moi je l'appelais Poussette. Ah !)
Bon. Qu'est-ce que je disais. Oui, j'attendais dans un parc. Comme les patients dans une salle d'attente. Sauf que les patients font rien, dans les salles d'attente, alors que moi j'écris avec mon portable. Plic plic plic !
Parfois, d'ailleurs, je me demande si j'écris trop.

À la manière de Pierre Jourde

C'était un petit matin froid et dur de janvier, ourlé de nuages noirs voûtant sur une masse compacte de banlieusards tristes, isolés, comme perdus sans le savoir dans une hébétude intérieure, profonde, qui les isolait tous un peu et soulignait pourtant un être différent, à la fois plus lointain et plus accessible.
J'étais arrivé au parc à l'heure, mais je savais que ce ne serait pas son cas. Se replonger dans une vie d'attente, de rendez-vous, de retards et de lapins, me permettait de réaliser combien chacun réagit aux rencontres avec un bloc d'affects et de tendances découpé dans la masse plus ou moins consciente de nos souvenirs et de nos épreuves.
J'attendais sur le banc et je ne voyais de l'homme qui passait que l'esquisse d'un regard, un teint blême de spectre urbain, un aperçu d'épaule engoncé dans un imperméable. J'attendais, comme j'avais souvent attendu dans ma vie. Ce que j'ignorais, mais qu'il fallait que je dise plusieurs fois à l'avance dans ma narration pour appâter le lecteur naïf, c'était que cette rencontre serait différente.
Elle me ferait comprendre combien proche est le centre et loin la périphérie du mal.

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05 Avr 2019 13:49 #114 par Avel
Tiens, Pierre Jourde. De lui, je n’ai lu que le Jourde et Naulleau (je n’ai pas plus lu son coauteur) et je n’ai donc pas la moindre idée de ce à quoi ressemblent ses romans. Si je me souviens bien, il y avait d’ailleurs des à la manière de dans le J&N. J’étais resté un peu perplexe devant certains aspects de ce livre, surtout parce que je n’avais lu aucun des auteurs cités (on m’avait prêté le livre). Je ne les ai d’ailleurs toujours pas lus.

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05 Avr 2019 13:59 #115 par Fabien Lyraud

"Elle traverse le parking en direction d’une petite table en fer posée devant un chalet alpin. Un pot de forsythias jaunes a été placé au milieu de la petite table. Devant le pot de forsythias, il y a une ardoise où est noté à la craie le menu du jour. Elle examine le menu.
Un homme d’une cinquantaine d’années sort timidement de l’auberge. Il porte un tablier à grands carreaux rouges et blancs."


Réécriture à ma manière :
Elle traversa le parking pour atteindre la petite table, sur laquelle trônait un pot de forsyhias, devant le chalet alpin. Sur l'ardoise placée devant était noté à la craie le menu du jour. Elle l'examina longuement.
Au même moment un homme d'une cinquantaine d'années vêtu d'un tablier à grands carreaux sortit à pas de loup de l'auberge.

C'est déjà mieux non ?

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05 Avr 2019 14:11 #116 par Jeb
Des choses m'amusent dans le Jourde & Naulleau, ou dans La littérature sans estomac, mais je trouve parfois l'attaque plus violente que drôle, et si les protestations de Jourde devant les charretées d'injures dont il a été la victime sont légitimes, on peut très facilement lui retourner le compliment. Il lui arrive même de flirter avec le point Godwin, ce qui est toujours indéfendable.

Comme romancier, il est incontestablement au-dessus des Darrieussecq moyens, mais il affirme sans modestie être un auteur qui compte, et franchement ça se discute. Paradis noirs m'a paru quelconque, et surtout maladroit de structure (c'est là-dedans qu'on trouve les multiples "attendez un peu, bientôt ça va être horrible !" dont je me moque au-dessus), Winter is coming est un récit infiniment respectable humainement, puisque c'est un drame personnel, mais dont je ne vois nulle part en quoi il se distingue de la masse des productions de ce genre, que je trouve étonnamment nombreuses dans la littérature contemporaine.

Reste que Winter is coming est un vrai livre, et il est peut-être plus réussi que je n'en ai eu l'impression en le refermant, puisque l'image me reste de son fils, alors que je ne connaissais ni ce jeune homme ni sa musique. Je ne mettrais sûrement pas ça, puisqu'on parle de drames personnels, dans le caniveau où on ramasse par exemple le dernier Delacourt, dont le 4e de couverture est à deux doigts de dire : "Il n'est rien arrivé à mon fils, mais si c'était arrivé, j'aurais un truc vraiment juteux à vous raconter". Palme d'or de la putasserie 2019.

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05 Avr 2019 15:59 #117 par Fabien Lyraud

(c'est là-dedans qu'on trouve les multiples "attendez un peu, bientôt ça va être horrible !" dont je me moque au-dessus),


Le bris du quatrième mur. Un procédé rhétorique comme un autre mais qui peut agacer si l'on en abuse.

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05 Avr 2019 16:21 #118 par Jeb
Je m'exprime mal : Jourde ne parle pas au lecteur, mais sa narration est pleine de machins dans le genre : "Mais nous ignorions que cette camaraderie finirait par déboucher sur un drame horrible", et c'est reparti 50 pages sans qu'il ne se passe rien. Une fois ça va. À trois, loin d'avoir peur, on commence à ricaner...

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06 Avr 2019 12:10 #119 par Fabien Lyraud

Fabien Lyraud écrit:

"Elle traverse le parking en direction d’une petite table en fer posée devant un chalet alpin. Un pot de forsythias jaunes a été placé au milieu de la petite table. Devant le pot de forsythias, il y a une ardoise où est noté à la craie le menu du jour. Elle examine le menu.
Un homme d’une cinquantaine d’années sort timidement de l’auberge. Il porte un tablier à grands carreaux rouges et blancs."


Réécriture à ma manière :
Elle traversa le parking pour atteindre la petite table, sur laquelle trônait un pot de forsyhias, devant le chalet alpin. Sur l'ardoise placée devant était noté à la craie le menu du jour. Elle l'examina longuement.
Au même moment un homme d'une cinquantaine d'années vêtu d'un tablier à grands carreaux sortit à pas de loup de l'auberge.

C'est déjà mieux non ?


J'ai encore mieux
Elle traversa le parking pour atteindre la table devant le chalet où un forsythia se tortillait au gré du vent dans un pot de céramique défraîchies. Elle examina longuement l'ardoise posée sur celle ci, où était noté à la craie le menu du jour.
Un homme d'une cinquantaine d'année vêtu d'un tablier à grand carreau sortit de l'auberge.

Si même moi j'arrive à faire mieux que Pascal Quignard..... Après on s'étonne que tout le monde écrive en France.

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17 Mai 2019 10:45 - 17 Mai 2019 14:59 #120 par Jeb
Dans rien moins que la Blanche, Gallimard nous sert de l'anticipation. Bien sûr, l'entretien avec Dugain (exposition de quelques truismes qui sont dans tous les romans de SF de gare depuis 20 ans) montre une fois encore que la littérature générale qui se pique de SF est très en retard sur l'état de l'art de la prospective romanesque.

Ajoutons à cela une maladresse d'écriture qui se voit dès les 1res pages (voire ci-dessous). Page 10, le narrateur explique des choses que n'importe quel citoyen de son temps sait forcément : c'est donc qu'il parle au lecteur de 2019 (méthode d'exposition totalement amateur que plus un écrivain de SF, même les anonymes des pulps à 5 cents, n'utilise depuis 1938... sauf Damasio, dans son dernier nanar, dont tous les journaux font la publicité alors que, savoureusement, il s'appelle Les Furtifs).

On notera aussi l'anglicisme sur "expertise", qui fait que le paragraphe n'a, en français, aucun sens, et un usage fautif du verbe "induire". Gallimard ! Bienvenue dans les maisons de prestige !



www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Transparence

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