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Littérature (très) savante

17 Jan 2019 13:44 #81 par Fabien Lyraud

lorsque deux journées situées côte à côte subissent une pression trop forte, ce n’est plus la pensée de l’homme qui avance dans le temps, c’est le temps qui avance, emporte l’homme et le déstabilise.


"des journées situées côte à côte", un concept guère scientifique tout de même. Les journées sont déjà séparées par le temps pas par l'espace. La métaphore est totalement foireuse.

Ce qui est navrant, cela dit et à la vitesse où vont les choses, c'est qu'on pourra bientôt jouer au même jeu avec la littérature de genre. Ce que notre niche met systématiquement en avant, d'un festival à une conférence, d'une émission "Mauvais Genres" à une campagne publicitaire, me paraît de plus en plus faible et de moins en moins imaginatif.


Mais il y a plein de bonnes choses aussi si l'on gratte bien. Les petits éditeurs publient de la bonne qualité. Même certains gros. On a à un époque visé un lectorat haut de gamme, pensant que si l'on faisait lire de l'imaginaire aux lecteurs de blanche, les ventes suivraient. J'ai toujours été dubitatif. Je l'ai dit plusieurs fois. Et maintenant qu'on se rend compte que c'est l'un des stratégies qui a foiré (ce n'est pas la seule), d'autres osent le dire y compris chez les directeurs de collection. Avaler des couleuvres étaient une erreur.

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17 Jan 2019 13:48 #82 par Jeb
Bien sûr, bien sûr, je ne dis nullement que tout est mauvais, loin de là, seulement que je suis très dubitatif sur ce qu'on choisit de mettre en avant et sur le côté renfermé des copinages.

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17 Jan 2019 19:04 - 17 Jan 2019 19:05 #83 par captainmarlowe
Tu viens de me rajeunir, les phrases ronflantes et sans ponctuation que tu cites m'ont soudain rappelé quand en première j'ai dû étudier Moderato Cantabile de la Duras, et cette phrase restée à jamais gravée dans mes petits neurones d'alors :
"modéré et chantant répondit l'enfant totalement en allé où ?"

Quand il s'agit de faire des effets de style avec la ponctuation, n'est pas Apollinaire qui veut.

Il y a une collectivité nerveuse dans mon crâne.

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17 Jan 2019 21:08 #84 par Jeb
L'expression de Duras, si tu la cherches sur Internet, semble interloquer pas mal d'élèves...

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23 Jan 2019 11:21 #85 par Fabien Lyraud
Bon, France Culture s'inquiète du recul de la "littérature complexe" :

www.franceculture.fr/emissions/le-billet...ardi-22-janvier-2019

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23 Jan 2019 11:33 #86 par Jeb
Littérature complexe qu'ils associent à Michel Houellebecq et à Pascal Quignard, "qui seront les grands auteurs de demain". Sans rire.

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22 Mar 2019 06:51 - 22 Mar 2019 07:23 #87 par Jeb
La pêche est toujours bonne. On se réveille un peu en avance, on se met un petit Karlowicz au casque en attendant d'aller se raser, et on feuillette le site de Gallimard. Aussitôt, on tombe sur les premières pages de La Citadelle, d'Eric Metzger.

"Il faisait partie de cette masse d’étudiants hantant les belles bibliothèques parisiennes du matin au soir, l’haleine pourrie de café, les yeux abîmés et le corps rempli de poussière. Depuis son entrée à la Sorbonne, Émile n’avait pris ni le temps d’aimer, ni même celui de vivre, trop accaparé par ses études."

Le tout n'est qu'un gros cliché de littérature de gare, écrit comme de la littérature de gare, à l'exception, audacieuse mais nanarde, du "corps rempli de poussière", qui assimile soudain les étudiants à des aspirateurs. On prend au pif et on tombe, 2 fois sur 3, sur des trucs de ce calibre. On n'est jamais déçu.

D'ailleurs, j'ai décidé d'essayer, moi aussi. J'ai pris un peu de recul ce mois-ci pour souffler : 15 jours de vacances (les premières depuis... 2001 ?), autres lectures que d'habitude (la correspondance de Ravel), autres films que d'habitude (Jurassic World - sérieux, on nous prend un peu pour des cons, non ?), et pas une minute d'écriture SFFF (de toute façon, j'attends divers retours pour continuer La Compagnie du jour).

Dès lors, je me suis dit que l'occasion était parfaite d'expérimenter ce genre de blanche, à mon tour. J'ai donc défini un cahier des charges de très basse intensité (roman court, pas plus de 250000 sec, chapitres brefs, psychologie très compréhensible, vocabulaire simplifié, une seule histoire et aucune couche supplémentaire de réflexion, aucune fantaisie formelle : bref, l'exact contraire de la complexité que je me suis efforcé d'atteindre avec Les Chasseurs noirs et Téra-République). Bien sûr, un sujet saignant : la blanche aime bien compenser son manque d'ambition formelle et psychologique en se jetant sur des thèmes racoleurs. Cela dit, une fois défini ce ce cadre très édulcoré, je m'efforce de faire du bon travail. Vous connaissez la saillie de Debussy sur la symphonie avec orgue de Saint-Saëns : "Comment peut-on écrire aussi bien de l'aussi mauvaise musique ?" J'essaie d'écrire bien de la mauvaise musique.

J'ai réfléchi à mon intrigue le 6, j'ai commencé à rédiger le 7, j'y passe environ une heure par jour, et j'ai presque écrit la moitié (110000 sec). Tout compris, écrire ce roman devrait me prendre 6 semaines, révision comprise. J'en ressors deux choses : pondre ce genre de trucs, ce n'est vraiment pas fatigant, et ça donne furieusement envie de se remettre à l'imaginaire ! Si un jour vous êtes en panne sèche, écrivez un Prix Renaudot : le goût des batailles, de l'épopée et des robots vous reviendra illico !

En attendant, je m'amuse, ce sera une expérience pas crevante de moins de deux mois, ça me vide bien l'esprit (rien de tel que fixer un mur blanc pour chasser la migraine) et, bien sûr, mes collègues de bureau m'encouragent vivement (et ironiquement) à finir ce qu'ils appellent "mon Darrieussecq", ce qui nous vaut des échanges de blagues assez joviaux à la pause.

Je vous tiendrai au courant, si je vais au bout. Pour le moment, ce livre (le plus mauvais que j'ai écrit, sans doute même plus que Le Roi de la colline qui s'adresse aux 11-12 ans) s'intitule Le sang des gosses. Ah oui, c'est putassier, mais pas autant que le roman lui-même (même si, une fois mon intrigue choisie, je m'efforce de traiter mon drame, que certains ont réellement vécu dans leur chair, avec un maximum de dignité, d'empathie et de compassion).

Vous noterez que je ne vous fait pas part de ces travaux dans le fil sur mes projets personnels, mais sur celui consacré à la Grande Littérature. C'est tout dire ! :roi:

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22 Mar 2019 09:57 #88 par Asavar
Hahaha comme je te comprends !
Quand je vois les bouses de blanches qui passent dans ma librairie, je me suis plusieurs fois posé la question de pourquoi trouver un cadre SFFF quand il suffit de faire un truc minable qui se passe à Paris sans vocabulaire un minimum recherché.
En tout cas, bon courage pour ce tournant dans ta vie d'écrivain, tiens nous vite au courant ;)

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22 Mar 2019 10:58 - 22 Mar 2019 12:33 #89 par Jeb
Merci ! :elfe:D

Tournant momentané : j'avais vraiment besoin, pendant quelques semaines, de m'extraire de tout ce qui fait ma vie depuis quelques années (boulot et loisirs), pure besoin d'évasion, même sur le mode du canular. Mais, outre La Compagnie et deux autres projets communautaires, tous en SFFF, je ne réfléchis sérieusement ces temps-ci que space-opera et, pour la première fois de mon illustre carrière, fantasy. Après ce gag en blanche, retour aux grands espaces, aux vaisseaux de guerre dans les embruns et aux terraformations exotiques !

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22 Mar 2019 12:34 #90 par Avel
J’ai lu tout récemment En l’absence des hommes, de Philippe Besson, où l’on découvre un adolescent de bonne famille, un jeune soldat de milieu modeste et Proust (tant qu’à faire…) qui s’écrivent des lettres, toutes rédigées exactement dans le même style. Visiblement, l’auteur, l’éditeur et les critiques s’accordent à trouver ça parfaitement crédible.

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