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Littérature (très) savante

09 Mai 2018 18:22 #21 par Jeb
Je ne partage pas vraiment ton opinion sur Bordage (qu'il ne s'en vexe pas, sa notoriété se passe totalement de mon approbation !), mais je me suis mal exprimé : quand je dis "roman sérieux", je ne veux pas dire "roman de littérature générale" par opposition au "roman de genre", qui, lui, ne serait pas sérieux. Je veux dire, tout roman (de genre ou pas) qui est écrit avec conscience professionnelle et savoir-faire artisanal. Tu parles d'aventures, je suis d'accord : Lord Jim, que je citais plus haut, est un grand roman psychologique et une grande œuvre stylistique, mais c'est aussi un roman d'aventures, et Hollywood ne s'y est pas trompé. L'idée qu'un roman ââârtistique doit ne rien raconter que les petites pensées nombrilistes d'un bourgeois du 16e est une idée récente et absurde. Cervantès en aurait été bien surpris !

Je reste convaincu tout de même que pour finaliser quelque chose au-delà du brouillon, même si le brouillon est brillant, il faut un peu de sueur. Dumas était un génie de la littérature populaire en feuilleton, et ses trois mousquetaires sont immortels. Mais il faut être honnête : c'est un peu foutraque et ça se voit à la lecture. Brillant, mais pas peaufiné.

Maintenant, je suis prêt à reconnaître que mes exemples ne sont pas une preuve, et il existe peut-être des cas auxquels je ne pense pas en ce moment d'auteurs qui ont suffisamment de génie, d'expérience ou de métier pour que leur premier jet soit déjà proche de la perfection. Je suis tout à fait prêt à en accepter le principe. Mais c'est parce qu'ils sont brillants ou parce qu'ils ont du métier. "La nécessite impérieuse", ça ne veut rien dire, ça n'existe pas. Darrieussecq a écrit Notre vie dans les forêts à toute vitesse parce que ça l'a prise comme une envie de tarte aux fraises et qu'elle ne s'est pas embarrassée d'art, pas par aisance d'artisan. Elle l'a torché non parce qu'elle était possédée par la muse qui la prend pour réceptacle et accouche dans la fièvre, mais par dilettantisme. Et le résultat est mauvais. Elle aurait mieux fait de travailler.

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09 Mai 2018 18:45 #22 par Fabien Lyraud

Darrieussecq a écrit Notre vie dans les forêts à toute vitesse parce que ça l'a prise comme une envie de tarte aux fraises et qu'elle ne s'est pas embarrassée d'art, pas par aisance d'artisan. Elle l'a torché non parce qu'elle était possédée par la muse qui la prend pour réceptacle et accouche dans la fièvre, mais par dilettantisme


Qu'on écrive un roman d'une traite n'est pas le problème. Le problème c'est que l'on remette un premier jet à l'éditeur qui le publie sans travail d'édition.
On peut écrire un roman d'une traite. Mais ensuite on le travaille, on le paufine ou du moins on le corrige. On en enlève les scories, on modifie une phrase ici, on refond un paragraphe ailleurs, bref on rend le texte lisible.
Et ensuite l'éditeur doit faire un vrai travail dessus parce que même le meilleur des auteurs ne vois pas toutes les erreurs, n'est pas conscient de tous ses tics littéraires. Dans les exemples que tu donnes j'ai l'impression d'un travail d'édition proche du néant.

Quand on sait que certains auteurs font lire leurs textes à des béta lecteurs après avoir fait leur premières phases de correction pour être sur qu'il ne reste rien. On a pas l'impression de ce genre de choses en blanche.

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09 Mai 2018 18:55 #23 par Jeb

Fabien Lyraud écrit: On peut écrire un roman d'une traite. Mais ensuite on le travaille, on le paufine ou du moins on le corrige. On en enlève les scories, on modifie une phrase ici, on refond un paragraphe ailleurs, bref on rend le texte lisible.
Et ensuite l'éditeur doit faire un vrai travail dessus parce que même le meilleur des auteurs ne vois pas toutes les erreurs, n'est pas conscient de tous ses tics littéraires.


Alors nous sommes d'accord, en fait : c'est ce que je voulais dire en disant qu'il fallait travailler. On ne peut pas écrire dans la fièvre, poser le point final et mettre sous presse. Or, comme tu dis, c'est l'impression que donnent les extraits qu'on trouve en page d'accueil des "grands" éditeurs.

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09 Mai 2018 20:39 #24 par Fabien Lyraud
Quand j'étais à la fac j'avais lu des propos d'un psycholinguiste qui faisait de la pratique de la rédaction à l'école la cause de la mauvaise littérature. En effet à l'école on a longtemps incité les élèves à écrire à la première personne et à raconter un souvenir ( ça a changé depuis quelques années à ce que j'ai cru comprendre mais j'ai bien connu ce temps là). Or pour pouvoir dire je, il faut savoir dire il. Pour lui il vaudrait mieux apprendre à écrire des textes de fiction à la troisième personne avant d'aborder le récit à la première personne. À imposer le récit de vie aux élèves on fabrique des pervers narcissiques à la chaîne.

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24 Mai 2018 10:10 #25 par Fabien Lyraud

Philippe Lançon, Le Lambeau
La veille de l’attentat, je suis allé au théâtre avec Nina. Nous allions voir aux Quartiers d’Ivry, en banlieue parisienne, La Nuit des rois, une pièce de Shakespeare que je ne connaissais pas ou dont je ne me souvenais pas. Le metteur en scène était un ami de Nina. Je ne le connaissais pas et j’ignorais tout de son travail. Nina avait insisté pour que je l’accompagne. Elle était heureuse de s’entremettre entre deux personnes qu’elle aimait, un metteur en scène et un journaliste.


Un auteur de SF connu parlait de ce bouquin l'autre jour et en disait le plus grand bien.
L'argument : ça parle d'un sujet grave donc ça fait réfléchir. Quand un auteur de SF dit ça, ça fait assez mal. Parce que la SF parle de sujets graves et fait réfléchir. Et le fait bien mieux, en utilisant le récit, l'imagination, en créant des univers. Et souvent en dépassant les intentions premières de l'auteur.

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24 Mai 2018 13:48 #26 par Jeb
Oui, nous verrons si les livres "importants" qui "font réfléchir" en ce moment auront encore quelque chose à dire dans 15 ans... là où, sur des sujets extrêmement actuels (les dérives anti-humanistes d'une certaine science, mais aussi la nature de l'homme et ses rapports avec l'ordre social) un petit roman de SF vieux de 130 ans, L'île du Docteur Moreau, n'a toujours pas pris une ride (je n'en dirais pas autant de tout ce que Wells a écrit, mais celui-là est son chef-d'œuvre).

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28 Mai 2018 11:25 #27 par Fabien Lyraud
Quand un auteur de blanche bifurque pour écrire de l'imaginaire :
www.actusf.com/spip/Interview-2018-Nicol...xier-pour,26729.html

Quelles sont ses arguments :
- Plus de liberté
- Pouvoir mettre en place une structure narrative dans un projet littéraire ambitieux.

Donc la littérature blanche ne permet pas de construire une narration. Nicolas Texier reconnaît qu'elle est non narrative. Ce qui veut dire que seules les littératures de genre (et plus généralement les littératures populaires) permettent de faire de la narration. Excellent témoignage je trouve.

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28 Mai 2018 11:40 #28 par Jeb
C'est consternant que la blanche en soit tombée à ce niveau. Personne ne reprochait à Victor Hugo de raconter des épopées, à Conrad (que Texier cite d'ailleurs) de donner à ses analyses psychologiques toute la forme et l'allant d'un roman d'aventures, à Cervantès de lancer son héros au galop contre des moulins à vent et des marionnettes.

Désormais, c'est vulgaire. On a droit à deux cents mots de vocabulaire, à des divagations autofictionnelles nombrilistes et à la 1re personne du singulier. Il ne restera rien de cette littérature. Mais on peut toujours relire Don Quichotte !

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04 Jui 2018 16:25 #29 par Jeb

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04 Jui 2018 16:49 #30 par Fabien Lyraud

Jeb écrit: Sans commentaire.

bibliobs.nouvelobs.com/romans/20180604.O...our-david-lopez.html


Le roman noir a déjà investi le champ du social. La littérature blanche essaie de reconquérir ce qu'elle a perdu désespérément à la poursuite d'un passé qu'elle n'arrive pas à reconquérir.
Les héritiers de Balzac et de Zola écrivent de la noire aujourd'hui. Il faudrait se faire une raison.

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