Destination Fantasy : notre collection numérique dédiée à la Fantasy

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Présentation de Franck Stevens


Né dans une ville de choux sise dans une terre de pommes, dans la contrée du peuple le plus brave (ou « bien brave », selon les sources), Franck Stevens a passé sa jeunesse penché sur des tomes poussiéreux consacrés aux sciences non-occultes, espérant y découvrir un moyen d’ouvrir un passage vers les mondes fantastiques vantés par ses livres préférés.
Au terme d’une longue quête spirituelle, il a découvert la même vérité profonde que les autres victimes des agences de voyage initiatique : ces mondes imaginaires étaient en lui depuis le début !
L’opération d’ablation s’est bien déroulée. Bonne nouvelle ! Les docteurs estiment pouvoir encore en tirer trois ou quatre autres de lui avant qu’ils ne se dissipe dans un nuage de sang d’encre et d’oiseaux en papier.

 


Interview pour la parution de l'anthologie Chevaliers errants


Bonjour Franck, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je peux le faire en 13 :
Franck Stevens, jeune auteur bruxellois de fantasy, d’horreur, de science-fiction et de vulgarisation.

Pouvez-vous nous parler du processus d’écriture de votre nouvelle Vivre par l’épée parue dans l’anthologie Chevaliers errants ?
J’ai décidé d’approcher le thème sous un angle presque anthropologique : pourquoi existe-t-il tant de légendes au sujet de chevaliers errants ? Pourquoi ces chevaliers ont-ils souvent des épées aux propriétés hors du commun ?


J’ai ruminé ces questions jusqu’à trouver une réponse qui m’a suffisamment amusé pour que j’aie envie de la partager avec le reste du monde. De là, écrire la nouvelle a été relativement simple : connaissant sa « chute » finale, j’ai développé ses personnages, ses rebondissements et les aspects de son univers dont j’avais besoin. J’ai pris un plaisir tout particulier à imaginer les légendes de cet univers : d’une certaine façon, ça m’a permis de « tricher » et d’insérer plusieurs petites histoires à l’intérieur de ma nouvelle !

Pourquoi ce sujet ? Possède-t-il une valeur particulière pour vous ?
J’ai deux réponses possibles à cette question.


Première réponse : je suis fasciné par la façon dont les idées se répandent et évoluent, phénomène parfaitement illustré par les contes et les légendes. Certains contes, comme La Belle et la Bête par exemple, existent en effet sous une forme ou sous une autre depuis des milliers d’années.


En tant qu’auteur, j’aime réfléchir à ce que ces histoires révèlent sur la psychologie humaine : malgré des siècles de changements culturels et technologiques, nous aimons encore le même genre d’histoire que nos ancêtres lointains ! J’aime imaginer que ces récits charrient encore l’écho de tous les conteurs qui se sont succédé pour les raconter… et qu’en les adaptant à notre tour, nous devenons les maillons d’une longue chaîne unissant l’humanité passée et l’humanité future.



Car ces histoires ne transcendent pas les cultures et les époques sans être affectées : elles ne cessent d’être adaptées, réinterprétées, revues et corrigées selon les sensibilités de leur public, évoluant comme des espèces vivantes au gré des changements de leur environnement.


Qui sait ce qu’il subsiste de l’idée originale qu’a eue l’un de nos lointains aïeux ? Serions-nous choqués de découvrir le véritable message qu’il voulait transmettre, ou les significations diverses qu’a prises son histoire à travers les siècles ? La Belle et la Bête a par exemple longtemps été un conte supposé préparer des jeunes filles à l’idée d’être mariées à des hommes bien plus âgés… quelles sont nos responsabilités en tant qu’auteurs lorsque nous adaptons de telles histoires, ou nos responsabilités en tant que parents lorsque nous les racontons à nos enfants ?


Et qui sait dans quelles mesures les autres « histoires » que nous nous aimons tant nous raconter, comme l’Histoire avec un grand H, sont soumises au même processus de réinvention constante, d’évolution et de sélection naturelle… ?


Voilà le genre de questions qui me torturent les méninges lorsque j’essaye d’écrire une histoire sur le thème « Chevaliers errants », de dormir ou de répondre à une simple question d’interview !


Ceci conclut la version longue de ma réponse à cette question.

Réponse alternative, plus courte : je crois que j’aime juste l’idée que derrière toute légende se cache un grain de vérité surprenant, dont la découverte recontextualise la légende et toutes ses variantes.


Il m’est difficile de dire laquelle de ces deux explications est la plus correcte ! Je laisse la sélection naturelle décider laquelle prospérera et sera enseignée par les futurs professeurs de littérature spécialisés dans l’analyse de Mots et Légendes.

Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre nouvelle, laquelle choisiriez-vous ?
Ce n’est pas le passage le plus représentatif de l’ensemble, mais mon médecin m’autorise une envolée lyrique par histoire courte et j’ai bien l’intention de la rentabiliser :
« Quel genre d’homme voit s’abattre la foudre et lève en réponse son épée pour défier les nuages ? Quel genre d’homme plante ses pieds dans le sable à l’approche d’un raz-de-marée, son arme dégainée prête à trancher la vague ? »


Je sais que ça fait deux phrases au lieu d’une, mais mon médecin n’est pas très bon avec les chiffres. De toute façon, je ne crois pas qu’il sache lire.


À la réflexion, je devrais peut-être demander à voir son diplôme de plus près.

Une suite ou une autre histoire dans cet univers est-elle à prévoir ?
J’utilise dans Vivre par l’épée quelques concepts qui me trottent en tête depuis quelques années et qui jouent un rôle plus important dans un projet de roman sur lequel je travaille quand le temps me le permet.


Irais-je pour autant jusqu’à dire que Vivre par l’épée est le point de départ d’un univers partagé qui finira par inclure plusieurs dizaines de nouvelles, trois pentalogies de romans, une série parallèle en bande dessinée et une saga audio entièrement interprétée dans une langue fictive de mon invention, le tout culminant par une pièce de théâtre post-post-postmoderne jouée dans l’obscurité totale par les membres de son propre public ?


Absolument. À vos agendas : la pièce sortira le 12 octobre 2087 !

Comment vous est venu le goût de l’écriture ? À quel âge ?
Je viens d’une famille de littéraires : j’ai grandi entouré de livres en tous genres, dans une ambiance où la langue et l’écrit avaient un statut presque sacré. Il était sans doute inévitable que je me mette à écrire. Mes souvenirs de ma petite enfance sont un peu vagues, mais je crois que j’ai décidé que je serais écrivain avant d’avoir consciemment renoncé à mes plans de devenir à la fois pompier, détective et astronaute.


Ce dont je me rappelle par contre très bien, c’est que les premiers livres « pour grande personne » que j’ai lus ont été Les Fourmis et Le Jour des Fourmis de Bernard Werber, quand j’avais neuf ou dix ans, et qu’ils ont constitué pour moi une véritable révélation : écrire n’est pas juste un moyen de raconter des histoires distrayantes, c’est aussi une façon de transmettre des idées capables de changer la vision que les gens ont du monde et, par ce biais, le monde lui-même !


Bon, je ne sais pas si je l’avais compris précisément en ces termes à cet âge-là… mais je me rappelle en tout cas que ces livres ont fait forte impression sur moi à l’époque et m’ont convaincu qu’écrire en valait la peine.


Bref, tout ça pour dire que si un incendie criminel détruit l’une de nos colonies lunaires, vous pourrez blâmer Bernard Werber, qui l’aura condamnée en me détournant de mes plans de carrière originaux.



Qu’aimeriez-vous partager avec vos lecteurs ?
J’ai une excellente recette d’eggnog, mais je n’ai pas encore trouvé de bonne excuse pour l’insérer dans une nouvelle.
Ma motivation principale quand j’écris est de transmettre une idée qui m’excite, dans l’espoir qu’elle plaira autant à mes lecteurs qu’à moi.


Parfois, il s’agit juste d’un détournement cocasse des conventions d’un genre littéraire, comme la fantasy. Parfois, il s’agit de quelque chose d’un peu plus sérieux, comme une mise en garde sur l’impact potentiel de technologies futures sur notre société, ou une invitation à considérer notre monde d’un œil critique en le contrastant avec un monde imaginaire.


Et, parfois, il s’agit d’une recette de boisson lactée sucrée que tout être humain – non, que tout être vivant mérite de goûter au moins une fois dans sa vie.

Comment vient l’inspiration ?
Je n’ai pas de technique pour trouver l’inspiration. Les idées me viennent généralement quand mon esprit est libre de vagabonder : quand je conduis, sous la douche, ou quand j’essaye de m’endormir (trois situations évidemment idéales pour noter ces idées !).


Malgré cela, je tiens depuis l’adolescence une longue liste d’idées que je tiens scrupuleusement à jour pour être sûr de n’en laisser filer aucune. Il s’agissait au départ d’un calepin que je gardais toujours en poche, mais je l’ai remplacé au début de l’ère des smartphones par une application de prise de note où mes idées sont méticuleusement classées. En plus d’idées d’histoire à part entière, je note aussi des éléments à utiliser dans mes récits futurs si l’inspiration me manque : des caractéristiques physiques ou traits de caractère originaux pour mes personnages, des endroits fictifs intrigants, des technologies imaginaires, des cultures alternatives…


Même si je devais du jour au lendemain perdre toute capacité à avoir des idées nouvelles, je crois que j’ai assez de notes pour continuer à écrire pour le reste de ma vie !

Quel est votre endroit favori pour écrire ? Avez-vous des rituels ?
Mon endroit favori pour écrire est simple : devant un ordinateur ! J’écris principalement dans mon bureau, mais j’ai remarqué que je suis parfois plus productif quand je suis en déplacement, dans un environnement nouveau et loin de toute source de distraction.


Mon rituel d’écriture consiste principalement à écarter les sources de distraction potentielles : placer mon téléphone en mode silencieux et hors de portée de main, activer l’extension de mon navigateur qui bloque tous les sites non essentiels à l’écriture, faire craquer mes doigts, puis appuyer sur des touches de mon clavier jusqu’à ce qu’un nouvel univers soit né (ou, plus prosaïquement, jusqu’à ce que ma compagne me rappelle l’existence du monde réel et de mes responsabilités vis-à-vis de ceux qui y vivent). J’écoute aussi parfois de la musique instrumentale pour bloquer les bruits extérieurs ou pour me placer dans une ambiance précise : j’ai quelques playlists adaptées au type de scène que je souhaite écrire.

Comment abordez-vous la création d’un texte ?
J’aime les appels à textes comme celui-ci pour les contraintes qu’ils imposent : le fait d’être original sur un thème prédéfini tout en respectant une limite de caractères stricte.


Dans ce contexte, j’aborde la création d’une nouvelle en tournant et retournant dans ma tête le thème imposé jusqu’à trouver un angle d’approche original auquel je pense que peu d’autres auteurs auront songé. Ensuite, je creuse jusqu’à trouver un mystère, une révélation ou un retournement de situation original qui pourraient faire un thème ou une « chute » appropriés pour une histoire courte.


Une fois cette idée centrale identifiée, le reste vient naturellement en posant les bonnes questions : quel genre de personnages serait le plus affecté par cette idée ? Que désirent ces personnages, et qu’est-ce qui les empêche d’atteindre leurs buts ? Répondre à ces questions me permet de tracer un plan général de mon histoire et d’identifier ses scènes les plus importantes.


J’écris rarement de façon chronologique : je ne commence généralement pas par le début de l’histoire mais par les scènes-clés qu’elle doit absolument inclure. Une fois que je suis lancé, les idées pour les autres scènes ont tendance à venir naturellement et je saute souvent d’un bout à l’autre du document pour noter les éléments les plus importants des scènes manquantes. Cette approche me permet de me concentrer sur les parties les plus intéressantes de l’histoire en priorité, ce qui m’aide à respecter les limites de caractères et éviter le travail inutile : les scènes dont je repousse l’écriture sont celles qui m’intéressent le moins, donc celles qui intéresseraient le moins les lecteurs et qui peuvent donc être omises ou rester très courtes.


Bien sûr, cette approche suppose de relire très attentivement le premier jet pour s’assurer qu’il forme un ensemble cohérent. Je ne sais pas si je la recommanderais à d’autres auteurs, mais elle fonctionne bien pour moi !

Quels sont vos auteurs préférés ? Influencent-ils vos écrits ?
J’aurais du mal à donner une réponse en ce moment : je m’efforce de varier mes lectures en lisant autant d’auteurs différents que possible en dehors de mes genres favoris.


Ceci dit, les auteurs américains et britanniques que j’ai lus pendant mon adolescence occuperont toujours une place spéciale pour moi et influencent probablement la façon dont je conçois mes histoires : Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, Kurt Vonnegut, Ursula Le Guin, Terry Pratchett, Sir Arthur Conan Doyle et H. P. Lovecraft, pour ne citer que les plus grands noms.


J’ai d’autres auteurs préférés, bien sûr, mais ils ne sont pas connus…

Comment s’appellent-ils ?
Je ne sais pas. Ils ne sont vraiment pas connus…

Quels sont vos projets d’écriture ?
Entre deux nouvelles, je travaille sur un roman… mais j’ai pour principe de ne révéler aucun détail sur mes projets avant de les avoir terminés. Comme ma motivation naît de la perspective de partager enfin les idées qui m’excitent, je risque de perdre l’envie de terminer un projet si j’en dis trop avant de l’avoir fini !

Quelles sont vos autres passions ?
La science ! Je viens peut-être d’une famille de littéraire, mais je suis scientifique de formation et de profession. La physique, la chimie et les sciences pharmaceutiques sont mes trois sujets de prédilection.

Peut-on suivre votre actualité sur un blog, un site ou un réseau social ?
Pas en tant qu’auteur de fiction, mais j’ai créé un site de vulgarisation avec quelques collègues pendant mon doctorat, sur lequel il m’arrive encore de temps en temps de publier des articles qui se veulent courts et amusants : http://www.vulgarisation-scientifique.com/ 

Pour conclure, qu’avez-vous envie de nous dire ?
À vous, les éditions Mots et Légendes ?
Merci beaucoup pour ce sujet original et pour m’avoir donné la chance de publier dans ce recueil !


Aux lecteurs potentiels ?
Je jure que mes nouvelles sont plus intéressantes que mes interviews !

 

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